L’usine de sauce au poisson qui empeste un village à Terre-Neuve sera nettoyée
D’ici la fin de l’été, Muriel Whelan n'aura plus à tolérer l’odeur nauséabonde qui empeste son village dans le sud-est de Terre-Neuve depuis des années. L’édifice abandonné tombe en ruine. Il abrite pourtant des centaines de milliers de litres de sauce, un mélange de jus d’ananas et de capelans qui ne cesse de fermenter depuis trois décennies. Certains bacs à l'ancienne usine de sauce au poisson de St. Mary's, à Terre-Neuve, se sont affaissés et le plancher est couvert d'une boue brun foncé. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler À l’intérieur de l’édifice, l’air est tellement dense qu’il a un goût amer. Une centaine de bacs s’y trouvent, dont plusieurs qui se sont affaissés. Le plancher de l’édifice est couvert d’une épaisse couche de boue brun foncé. Je pourrais m'asseoir puis brailler, juste pour savoir que ça va être fini. Muriel Whelan endure depuis des années l'odeur putride qui provient de l'ancienne usine de sauce au poisson à St. Mary's, dans le sud-est de Terre-Neuve. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Après des années d’efforts de la part de cette petite municipalité de 300 personnes qui n’a pas les moyens de payer le nettoyage, le maire Steve Ryan se réjouit que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador accepte enfin de financer le projet. L'usine de sauce au poisson abandonnée à St. Mary's, dans le sud-est de Terre-Neuve, le 12 juin 2025. Les murs sont fissurés et les portes et les fenêtres sont cassées. Il y aussi des trous dans le toit. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Construite à la fin des années 1980, cette usine a fonctionné pendant quelque temps, mais elle a connu des problèmes. Lorsque les autorités d’inspection des aliments sont intervenues, le propriétaire a abandonné le projet. L’entreprise a été dissoute en 2006. En 2016, des tuyaux de drainage ont été bloqués lorsqu'on a découvert qu'une quantité inconnue de sauce avait coulé dans la mer. Cependant, personne n'a jamais entrepris de travaux depuis, et ce, malgré des tests effectués par Environnement Canada qui ont montré que la sauce au poisson était hautement toxique. Ces informations avaient été cachées aux résidents avant d’être révélées par Radio-Canada en 2023. Steve Ryan, le maire de St. Mary's, devant l'ancienne usine de sauce au poisson de son village à Terre-Neuve, le 12 juin 2025. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Muriel Whelan, qui a déménagé à St. Mary’s en 1975 avec son mari, un Terre-Neuvien, adore sa communauté d'adoption, mais l’odeur putride de l’usine perturbe sa vie depuis bien trop longtemps. Chaque bac à l'usine de sauce au poisson de St. Mary's, à Terre-Neuve, contient 12 000 litres d'un mélange de jus d'ananas et de capelans. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Juliette Lee habite à quelques pas de l'ancienne usine de sauce au poisson de St. Mary's, dans le sud-est de Terre-Neuve. Photo : Radio-Canada / Patrick Butler Steve Ryan promet que le nettoyage sera effectué d’ici la fin de l’été. Un consultant sera engagé sous peu, affirme-t-il. Un appel d’offres pour le projet de nettoyage sera lancé prochainement, ajoute-t-il. Le maire refuse de divulguer la valeur exacte du projet, mais le ministère de l’Environnement et du Changement climatique affirme que 2 millions $ ont été alloués aux projets de gestion des déchets, dont celui de l’usine de St. Mary’s, dans le dernier budget provincial.C’est comme si quelque chose était mort dans ta maison
, explique cette résidente de St. Mary’s lorsqu’on lui demande de décrire la puanteur qui émane de l’ancienne usine de sauce au poisson située à quelques mètres de sa propriété.
Ça dérange toute notre vie, on ne peut pas se l’enjoyer
, affirme cette Acadienne, qui raconte ensuite ce qui arrive lorsque le vent souffle dans la mauvaise direction. Qu’est-ce que tu peux faire? Rentrer dans la maison, fermer nos portes et fermer nos vitres.

Une solution après des années d’attente
On a été les seuls à s’intéresser au problème pendant trop longtemps
, affirme-t-il. Il y a eu pas mal de moments où j'ai dit qu’il fallait jeter l’éponge.


Nous reprenons notre liberté
Nos enfants ne viennent pas ici à St. Mary’s. Il faut aller à Saint-Jean pour les voir. Je ne veux pas les emmener ici
, raconte cette femme qui a déjà donné des masques N95 à ses petits-enfants lors de leurs rares visites chez elle.
C’est ici, c’est mon chez-soi. [Le nettoyage] va changer ma vie et celle de ma famille. J’ai hâte de les accueillir et d’avoir un barbecue ensemble.
Nous reprenons notre liberté
, renchérit Juliette Lee, sa voisine et belle-sœur, qui ajoute qu’il était impossible de vendre sa maison à cause de l’odeur de l’usine. Qui achèterait une telle maison?
souligne-t-elle.
Advertising by Adpathway




